Le baryton belge Romain Dayez naît à Bruxelles en mars 1989. Avant de se lancer professionnellement dans le chant, il s’essaye à diverses formes d’expression, musicale (cornemuse, piano, clarinette), théâtrale, mais également plastique en réalisant plusieurs expositions individuelles. Prenant peu à peu conscience que l’excellence nécessaire à chacune de ces expressions artistiques impose de développer des aptitudes techniques solides et que le touche-à-tout l’empêche de se concentrer sur une discipline en particulier, il se voit contraint – c’est bien le mot – de choisir une spécialité pour en faire son métier. Il décide donc en 2007 d’entamer la formation professionnelle pour devenir chanteur lyrique. Né dans une famille comptant artistes, collectionneurs, critiques ou directeurs culturels, il a la chance de faire la connaissance de personnalités qui l’incitent à faire de l’art son métier et qui lui font découvrir de nombreux courants artistiques.

Pour répondre à un désir de créer qui ne va pas nécessairement de pair avec le métier d’interprète, le chanteur s’oriente spontanément vers de nouvelles formes, des œuvres et styles peu référencés ou des adaptations, parfois assez personnalisés ou lui offrant une marge de manœuvre assez large dans l’interprétation – et parfois dans la vocalité à proprement parler -, tels la musique médiévale, baroque, l’oratorio, la musique contemporaine, l’opérette, la chanson ou la comédie musicale. Concernant l’incarnation des rôles d’opéras, il enfile la tenue des rois, des séducteurs, des salauds, mais principalement celle des clowns qu’il incarne avec naturel. Passionné par le monde animal qu’il connait bien par son passé d’éleveur et son intérêt pour la taxidermie, il s’intéresse de près à l’éthologie et y voit un foyer inépuisable d’idées pour nourrir son jeu et enrichir sa corporalité ; son mémoire au CNSM a pour sujet L’animalité en scène – enjeux, applications et finalités de l’emprunt animal dans les arts de la scène.

Très critique et dubitatif quant au rôle des concours d’artistes-interprètes qu’il considère comme totalement contraires à l’éthique de l’art et qui prennent malheureusement de plus en plus de place au devant de la scène musicale, incitant ainsi les jeunes à s’y présenter souvent à contrecœur, pour un public souvent plus friand de compétition que de musique, et dans le même sens que Debussy qui ne les réserve qu’aux chevaux, il n’en présente pas un seul.

Etant passionné par le travail avec des créateurs de tous horizons, il participe à de nombreuses productions atypiques et à une vingtaine de créations mondiales, dans lesquelles il s’associe parfois à des plasticiens, circassiens ou danseurs. Il estime certains artistes de musique actuelle autant que les monuments de la « grande musique classique » (exception faite pour Johann Sebastian Bach qu’il vénère depuis toujours et dont il ne parvient à trouver l’équivalent en terme de beauté) et considère qu’aucun genre musical n’a de primauté sur un autre. Il développe une véritable passion pour les musiques traditionnelles, la musique sacrée contemporaine, l’électro, le grégorien ou la musique de film. Voyant l’art comme le vecteur de pensée actuel le plus puissant, il tente de participer autant que possible à des projets engagés et admire donc les parcours de chanteurs comme Ferré, Lavilliers, M.I.A., Bono etc. Musicalement parlant, il aime ceux qui parviennent à associer subtilement des langages musicaux distincts, parfois antagoniques, tels Jordi Savall, Armand Amar, Jean-Paul Dessy, CocoRosie, Dead Can Dance, Peter Gabriel, Woodkid, Björk etc.

Parallèlement à sa carrière de chanteur lyrique, il a accordé une partie de son énergie à être directeur artistique de deux structures qu’il a créées dans la même direction que sa vie d’interprète. La première étant l’ArtShake Gallery (salle à Bruxelles ayant proposé des événements artistiques favorisant la communion des arts) et la seconde, Le Rapt Invisible, un projet qui présente sous forme de spectacles ou performances le répertoire sacré ancien, associé à des sons électroniques, des improvisations et des procédés musicaux librement inspirés de musiques traditionnelles, minimalistes ou de film, le faisant ainsi passer du côté de la musique actuelle.

Peu importe où sa vie artistique doit le mener, il tient par dessus tout à garder une liberté de choix absolue et sa principale caractéristique : sa curiosité insatiable. Maintenir sa technique vocale lyrique lui permettra de ne s’astreindre à aucun choix vocal en particulier, et à pouvoir, sa vie durant, s’orienter vers des musiques variées qu’il aime, continuer son cheminement éclectique et développer cet intérêt pour le crossover. Ce naturel passionné et inventif ainsi que ce tempérament critique, attachant et sensible en font un artiste original et atypique, participant actif du dépoussiérage de la musique classique et acteur de la vie artistique de son temps.

Après une licence en chant lyrique au Conservatoire Royal de Bruxelles (CRB) dans la classe de Marcel Vanaud, le baryton belge intègre celle d’Alain Buet au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSM) dont il est diplômé en 2015 – licence et master.

Approchant initialement le chant lyrique par la musique sacrée et/ou baroque, il bénéficie de conseils de grands maîtres tels que Howard Crook, Peter Kooij, Robert Expert, Claire Lefilliâtre, Vincent Dumestre, Greta De Reyghere, Stephan Van Dyck, Philippe Huttenlocher, Michel Laplénie, Kenneth Weiss, Jean-Claude Malgoire au cours de masterclasses, et chante en soliste avec une cinquantaine de chefs, dans plus de quatre-vingt productions d’oratorios. Parmi elles, La Messe des Morts de Charpentier avec Philippe Pierlot, l’Oratorio de Noël de Bach avec Paul Agnew à Bruxelles ou Lionel Sow à la Cathédrale Notre-Dame de Paris, des pièces de Rameau avec Frédérick Haas à Flagey, le Requiem de Fauré à Saint-Eustache avec l’organiste Jean Guillou, le Magnificat de Bach et la Messe de Minuit de Charpentier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, Ein deutsches Requiem de Brahms avec Ludo Claesen à la Madeleine, dont il est l’invité régulier, le Requiem de Duruflé ou The Messiah de Händel à Londres, l’Arsenal de Metz, le Théâtre des Champs-Elysées…, et des Festivals comme Les Nuits Musicales de Seneffe, sous la direction de Philippe Gérard, du grégorien au Festival d’Ambronay, Le Marais Chrétien etc. Il donne également la Messe solennelle de Sainte-Cécile de Gounod avec l’Orchestre Régional Avignon Provence sous la direction de Michel Piquemal au Festival de Privas.

Dans le répertoire opératique, Romain Dayez se perfectionne avec des artistes comme Janina Baechle, Nadine Denize, Janine Reiss, Thierry Migliorini, Olivier Reboul… Dans le cadre pédagogique du Conservatoire de Paris, il interprète le Comte dans Reigen de Philippe Boesmans, en présence du compositeur et sous la baguette de Tito Ceccherini, le Loup dans des extraits de Into the woods, au Théâtre du Châtelet mis en scène par Vincent Vittoz, Nardo dans La Finta Giardiniera de Mozart, Barone di Trombonok dans Il Viaggio a Reims de Rossini dirigé par Marco Guidarini, et le Comte dans la recréation de La Carmélite de Reynaldo Hahn, tous trois mis en scène par Emmanuelle Cordoliani. Il participe à plusieurs concerts d’extraits d’opéras avec orchestre, sous la baguette de Samuel Jean, Alexandre Piquion, Alain Altinoglu
Il est l’Ogre dans La Forêt Bleue de Auber à l’Opéra Royal de Wallonie, successivement le Dottore Grenvil (Théâtres Nationaux belges) puis le Baron Douphol dans La Traviata de Verdi à l’Opéra de Metz, avec Nathalie Manfrino dans une mise en scène de Paul-Emile Fourny (avec lequel il travailla également le rôle de Méphistophélès une production de chambre de Faust de Gounod). Il fût aussi Leporello dans Don Giovanni de Mozart au Festival du Haut Limousin, le Roi d’Egypte dans Aïda de Verdi, Melisso dans Alcina de Händel, Jupiter dans Castor et Pollux de Rameau aux Festivals de Sablé, La Chaise-Dieu et Brême, et Oristeo dans la recréation de L’Oristeo de Cavalli au Théâtre National de Marseille, sous la direction de Jean-Marc Aymes (Mars en Baroque).Il interprète les rôles titres de deux comédies musicales en création : Ligne 5 et Pourquoi j’ai mangé mon père, sous la direction de Xavier Delette au Théâtre du Châtelet. Il fut Prouvaire dans Les Misérables au Comédia, puis au Palais des Congrès de Paris et en tournée dans quinze Zéniths français.

Outre Reigen, il participe à de nombreuses productions opératiques contemporaines. Il fut le Roi dans la création mondiale de Peau d’Âne de Graciane Finzi à l’Opéra de Tours, mis en scène par Ned Grujic, et participe à La Passion de Simone de Kaija Saariaho au Lynch Theater à New York , au Bergen International Festival en Norvège et, fin 2018, à l’Opéra de Nantes. Il sera le Cavalier Rouge dans la création du Miroir d’Alice de Thomas Nguyen à l’Opéra de Reims. Il participe également à divers spectacles à mi-chemin entre le lyrique et la chanson, entre l’opéra et le cabaret, comme Tout Neuf au Festival d’Avignon et à l’Opéra de Palerme, ou Apocalypse Café en duo avec son mentor, Hélène Delavault, produit par la Maison de la Culture d’Amiens. Pour les mois à venir, Bagnolet dans Les P’tites Michu de André Messager à l’Opéra de Nantes, l’Opéra d’Angers et au Théâtre de l’Athénée, Papageno dans Die Zauberflöte de Mozart à l’Opéra de Clermont-Ferrand et en tournée, Méphistophélès dans La Damnation de Faust de Berlioz au Théâtre Impérial de Compiègne, au Phénix et à l’Opéra de Rouen, Gérard dans le cabaret Un soir de Réveillon à Pigalle…

Au CNSM, il fait la rencontre de Catherine Simonpiétri, à qui il doit d’avoir fait mûrir en lui cette passion pour la musique contemporaine (hors œuvre scéniques) qu’il interprète régulièrement, notamment sous la direction de Jean-Philippe Wurtz, Jean-Paul Dessy (Musiques Nouvelles) ou encore John Rutter qui le dirige à deux reprises dans sa fameuse Mass of the Children. Il accorde un temps précieux à rencontrer et collaborer avec des compositeurs de tous horizons : Jacques Leduc, Michel Lysight, Christophe Looten … et crée des pièces d’une vingtaine de compositeurs dont Francine Aubin à la Salle Gaveau, de Graciane Finzi au Musée National de la Renaissance, de Xavier Deprez à la Cathédrale de Bruxelles dont il est l’artiste invité régulier, notamment dans le cadre du Rapt Invisible, compagnie de danse contemporaine dont il est directeur artistique depuis 2012.

Une bonne partie de son activité est consacrée à des projets de recherches et à des collaborations avec des artistes de tous horizons. Il participe entre autre à des performances à l’Opéra de Paris (Palais Garnier) dans une chorégraphie de Sébastien Bertaud, au Palais de Tokyo pour l’artiste coréenne Ayoung Kim, au Pavillon français de la Biennale de Venise avec la chanteuse iranienne Sara Hamidi pour le plasticien Xavier Veilhan et à l’Opéra de Montpellier pour Tal Isaac Hadad. Il participe également à divers projets crossover : avec la chanteuse jazz Mélanie de Biasio dans le cadre des Nuits du Botanique (Sonic Cathedral), autour d’un titre avec les rappeurs parisiens Milk Coffee and Sugar/Gaël Faye, et dans le cadre de certains festivals comme le Brussels Summer Festival, les Nocturnes du Louvre, la Nuit des Musées… Il incarne Reynaldo Hahn dans L’Effacée, long métrage signé Renaud de Putter et Guy Bordin.

Le soliste s’intéresse de près à la mélodie française et se produit en solo aux côté de pianistes de renom tels que Jeff Cohen. Il bénéficie des conseils de mélodistes comme Zeger Vandersteene, Margreet Honig, Lionel Peintre, Anne Le Bozec, Susan Manoff… Il donne des récitals dans des lieux comme Le Petit Palais, Les Invalides, le Ritz et est l’invité de nombreux Festivals comme le Juillet Musical d’Aulne, Song in the City (Londres), les Festivals de Flandres, de Wallonie, de Musiq3, de Rocamadour, ou encore de Deauville, pour lequel il conçoit un concert-lecture avec l’écrivain Benoît Duteurtre. Il monte la plupart de ses récitals avec le jeune et brillant pianiste Paul Beynet.